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Suffering is the true cement of love & L. O'Loughlin

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Emily DonovanLady
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MessageSujet: Suffering is the true cement of love & L. O'Loughlin Sam 15 Oct - 1:05




- Bougez-vous, libérez un lit, on a un blessé !
Tout le monde bougeait au sein de l'infirmerie, dans un grand brouhaha. Deux hommes s'engouffrèrent à la suite de celui qui avait crié. Ils portaient un corps, tâché de sang sur son ensemble. De là où se trouvait, Emy put voir un bras pendre dans le vide, souple comme une poupée de chiffon. Un attroupement s'était rapidement formé dans la petite pièce et elle n'arrivait plus à rien distinguer au milieu de cette masse humaine. Elle était constituée de beaucoup d'hommes, ils avaient l'air tous épuisés et étaient eux aussi tâchés de sang. Il lui sembla voir une grande coupure barrer le front de l'un d'entre eux. De plus en plus de gens rentraient dans l'espace aménagé pour recevoir les blessés, et l'air vint bientôt à manquer.

- On a rien pu faire, ils étaient trop nombreux !
- Ils s'est jeté en premier en nous criant de partir, mais Jake et Peter ont réussi à le sortir de là juste à temps !
- J'espère qu'il n'est pas trop tard !

Emy, les mains encombrées de bandes, stoppa Bessy, la responsable en chef de l'infirmerie, qui passait devant elle à toute allure. Un air interrogateur avait irradié son visage.
- Que se passe-t-il ? Pourquoi y a-t-il une si grande agitation ?
- C'est Liam, il est arrivé quelque chose.

***


Deux semaines étaient passées depuis ce jour fatidique où Emy avait appris la vérité, où elle avait été détruite. Des jours durant, elle était restée prostrée dans sa cellule, assise dans un coin sombre, ressassant encore et toujours plus tout ce qu'il lui avait dit. La première semaine, elle avait occupé chaque jour à se blâmer un peu plus. A se persuader qu'elle était le pire monstre que la Terre ait jamais engendrée. Qu'elle avait honte d'être la personne qu'elle était. Elle avait beaucoup pleuré, toujours en silence, toujours dans son coin. Les gardes ne pouvaient pas se plaindre d'elle, elle était une prisonnière exemplaire. Tellement exemplaire qu'ils venaient presque à l'oublier. Elle ne touchait que très peu à sa nourriture, se contentant de ce qu'il lui fallait pour survivre. Plus question de se lamenter à vouloir d'ici, désormais. Elle savait que peu importait l'endroit où elle se trouvait, elle serait emprisonnée avec elle même. Il lui était complètement égal que cet endroit soit une cellule ou un parc à l'air libre. Dans tous les cas, elle ne pouvait échapper à ses sentiments, ni à la douleur puissante qui ne la quittait plus, à chaque instant de la journée. Il en était de même la nuit. Elle faisait beaucoup de cauchemars qui l'empêchaient de prendre un réel repos, après avoir passé ses journées à aider dans le camp rebelle. Elle partageait son temps entre les corvées et le souvenir de sa propre destruction. Cette première semaine, elle n'avait que très peu parlé, que ce soit en cuisine ou aux autres endroits dans lesquels elle se trouvait pour accomplir ses tâches. Les rebelles continuaient de la regarder d'un air méprisant, mais elle faisait des efforts, toujours en silence. Elle qui avait été si bavarde autrefois n'était devenue plus qu'une boule de mutisme le plus complet. Jour après jour, elle faisait docilement tout ce qu'on lui indiquait. Elle endurait les remarques et les moqueries des autres. Et à la fin de la journée, elle retournait s'assoir dans son coin, dans un endroit complètement sombre de sa cellule. Le noir lui faisait toujours aussi peur, mais c'était un châtiment qu'elle s'était elle même infligé.

Et puis, les jours avaient passé, et elle entamait sa troisième semaine au sein des catacombes. Comme tous les jours, Noah vint la chercher pour l'emmener aux cuisines. Il lui passa les menottes, comme tous les jours. Il marchait derrière elle sur le chemin, qu'elle connaissait désormais par coeur, comme tous les jours, et ils arrivèrent aux cuisines. Là, il l'arrêta, et lui enleva ses menottes, qui avaient laissé, au fil des jours, des marques distinctes sur ses poignets. Elle l'avait regardé d'un air interrogateur et perplexe. Il s'était contenté de lui répondre qu'étant donné qu'elle se comportait bien, il pouvait lui enlever les menottes pendant ses tâches, et qu'elle n'aurait à les remettre que sur le trajet pour retourner dans sa cellule. Emy s'était frotté ses poignets endoloris, et lui avait fait un petit sourire, le premier depuis longtemps. Elle s'était rendu compte que jour après jour, il devenait plus sympathique avec elle. Ils n'étaient pas amis, loin de là, mais il lui sembla que leur relation s'était tout de même un peu améliorée.

L'état léthargique d'Emy commença cependant à s'améliorer, petit à petit. Elle commençait à parler aux gens qui l'entouraient et même si la plupart d'entre eux l'envoyaient balader, certains prenaient le temps de lui répondre. Ce fut ainsi qu'elle rencontra Bessy, un jour où elle avait été placée à l'infirmerie. Bessy était venue lui parler d'elle même. Ce n'était que des banalités, mais elles avaient permis de réchauffer un peu le coeur d'Emy. Les jours avaient passé, et à chaque fois qu'elle se retrouvait à l'infirmerie, Bessy était là pour lui parler, lui demander si elle se faisait à sa vie de prisonnière. Elle s'y était faite. Elle avait pris des habitudes, ces dernières semaines. Occupée à rendre service la journée, et à panser ses plaies la nuit, comme un animal blessé. Cette vie n'était pas si horrible, finalement. Il lui semblait qu'elle avait trouvé un certain équilibre. Elle n'avait pas revu Liam depuis la dernière fois, trop occupée à virevolter entre l'épluchure de pommes de terre et le pansement des blessés.

Ce jour là, elle était une fois de plus assignée à l'infirmerie. Peut être était ce encore un coup du destin. Elle ne savait pas ce qui l'attendait, là bas. Elle avait pris l'habitude de s'occuper de petites blessures mineures, comme des coupures ou des brûlures. De temps en temps, Sue venait la voir, pour lui offrir un sourire qui jouait un grand rôle dans sa guérison. Elle était d'ailleurs venue, plus tôt dans l'après midi, pour lui raconter comment elle avait gagné un jeu face à tous les autres enfants. Emy l'avait félicitée, et puis elle était repartie, le sourire toujours aux lèvres. Et puis vers le début de la nuit, un cri s'était fait entendre.

***


- C'est Liam, il est arrivé quelque chose. Sans pouvoir se contrôler, Emy avait lâchait tout ce qu'elle tenait dans les mains, et les bandes qu'elle avait mis tant de temps à soigneusement plier vinrent s'emmêler sur le sol. Bessy était déjà repartie, laissant Emy dans un état d'effroi le plus total. Bessy n'était au courant de rien de sa relation avec le chef des rebelles, elle ne lui en avait pas parlé. A quoi bon ? Comme il l'avait dit, c'était fini. Elle ne devait pas ressasser tout cela éternellement. Mais ses sentiments, eux, étaient incontrôlables, et l'inquiétude l'avait saisie aussitôt que l'infirmière s'était faufilée entre tous les hommes. Toujours immobile, Emy regardait la scène, de loin. Elle vit les efforts de Bessy pour faire sortir tous ces rebelles bien trop bruyants d'ici. Quelques minutes passèrent, et il ne resta à l'infirmerie que quelques malades endormis, Bessy, Liam et Emy. Elle n'était toujours pas parvenue à bouger d'un pouce. Mais le cri de Bessy la sortit de sa torpeur.

- Emily, viens vite par ici ! Il me faut des bandages, dépêche toi !
Elle sentait dans le son de sa voix qu'il y avait urgence, et cela eut l'effet d'un électrochoc sur elle. Elle se remit alors à bouger, et apporta rapidement tout ce dont l'infirmière avait besoin. Lorsqu'elle arriva au niveau du lit, son coeur se serra. Il était inconscient, le visage en sang. De longues coupures parsemaient son corps, et le sang ne cessait de couler.
- Qu'est ce qu'il a encore bien pu fabriquer pour se retrouver dans cet état ! Bessy ne cessait de parler avec véhémence, tout en faisant de son mieux pour arrêter l'hémorragie. Vite, prends un drap et appuie là, il faut stopper ces saignements ! Sans prendre le temps de penser, Emy s'exécuta, et fit ce que l'infirmière lui demandait. Elle avait les mains tremblantes, et savait qu'elle devait faire un effort pour ne pas laisser transparaitre son trouble.

Pendant plusieurs heures, Bessy s'échina pour minimiser les dégâts du mieux qu'elle le pouvait. Emy ne pouvait qu'assister à la scène, impuissante et inquiète. Elle savait qu'elle n'avait pas le droit de prendre cette situation tellement à coeur, alors qu'elle l'avait tellement blessé qu'il avait déjà failli en mourir, alors qu'elle était elle même dans un état de souffrance au delà du supportable. Mais elle ne pouvait s'empêcher de sentir son coeur se pincer et son estomac se serrer. Finalement, au bout d'un long moment, Bessy soupira, puis s'essuya le front.

- Voilà. C'est tout ce que je peux faire pour le moment. Il ne reste plus qu'à attendre. Elle se leva de la chaise sur laquelle elle s'était assise pour le soigner. Maintenant, tu vas rester là et le surveiller. L'estomac d'Emy fit un bond dans son ventre, et elle ne put s'empêcher de protester.
- Mais... Elle ne pouvait pas faire ça !
- S'il te plait. Il y a d'autres blessés, je dois aller m'occuper d'eux ici. Et sans plus lui demander son avis, elle passa par le drap tendu qui servait à donner un peu d'intimité à la salle de soin de fortune.

Debout à côté du lit, Emy, couverte de son sang, le regarda quelques secondes, complètement paniquée. Elle ne savait absolument pas ce qu'elle était sensée faire ou pas. Elle sentait qu'elle allait commettre une erreur - encore une - si elle restait ici. Mais elle eut une pensées pour tous les autres blessés, qui arrivaient en masse à l'infirmerie. On ne lui racontait jamais rien des agissements des rebelles, mais il ne lui avait fallu pas bien longtemps pour comprendre qu'il y a avait eu une bataille, ce soir, et qu'elle avait été féroce. Lentement, elle contourna le lit, pour prendre la chaise que Bessy avait laissée vide. Le bras tremblant, elle se saisit d'un bout de tissu qu'elle trempa dans la bassine d'eau qui se trouvait près d'elle. Elle commença à nettoyer délicatement le visage couvert de sang de Liam, se mordant les lèvres plus fort que jamais. Le voir dans cet état la faisait tellement souffrir. Peu importait qu'il lui ait brisé le coeur, qu'il l'ait détruite. Peu importait le fait que lui ne l'aimait plus. Pendant des heures, elle rafraichit son front brûlant. Bessy finit par revenir dans la pièce.

- Je peux prendre la relève, si tu veux. Emy ne se retourna pas, continuant d'appliquer toujours méthodiquement le linge humide.
- Non ça va aller, tu devrais te reposer, tu as eu beaucoup de travail, ce soir.
Bessy haussa les épaules en levant les yeux au ciel, mais sortit tout de même de la chambre de fortune. Épuisée, Emy finit par déposer le linge sur le front de Liam et le regarda, d'un regard déchirant. Elle se mit à murmurer.
- Ne meurs pas, s'il te plaît.
Les minutes passaient, et elle finit par s'endormir, la tête posée sur le matelas, tout près de la main de Liam. Ce qu'elle faisait la faisait souffrir plus qu'autre chose. Mais elle préférait l'aimer de loin, supporter sa présence, plutôt que de ne plus le voir du tout.

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Liam O'LoughlinRebels' leader
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MessageSujet: Re: Suffering is the true cement of love & L. O'Loughlin Sam 15 Oct - 19:56



Depuis une heure ou deux, Emy était plongée dans un sommeil sans rêves dont elle avait grand besoin. Elle dormait très mal depuis qu'on l'avait jetée dans sa cellule, il y avait déjà trois semaines. Ce n'était pas tant la dureté du matelas qui la dérangeait, elle y avait été habituée de nombreuses années auparavant, mais depuis le premier jour, elle était submergée de sentiments si intenses qu'ils altéraient un sommeil qui lui était vital, surtout maintenant qu'elle était réellement active au sein des catacombes. La journée, elle n'avait pas une minute à elle et la nuit, la noirceur qui emplissait son coeur ressortait avec une puissance inimaginable. Pas de temps pour dormir, donc. Et pourtant, cette fois ci, elle eut le sentiment de s'être enfin réellement assoupie. Elle ne se rendait plus compte de rien autour d'elle, alors qu'elle entendait toujours ce qu'il pouvait se passer dans les environs lorsqu'elle dormait. Elle était simplement dans un état d'inconscience réparatrice. Elle n'avait pas encore conscience de tout cela, cependant, puisque le sommeil ne l'avait pas encore quittée. Ainsi, lorsque Liam se réveilla et qu'il commença à toucher ses cheveux, elle ne le sentit pas réellement. Cependant, elle avait eu comme une bouffée de chaleur qui avait irradié son corps, et ses sourcils s'étaient froncés, inquiets. Elle avait resserré le drap de toile entre ses draps fins.
- Pas encore une fois... non, pas encore... Une fois de plus, ses paroles n'étaient que des murmures, affaiblis à cause du sommeil.

Elle marmonna de la sorte encore quelques secondes, jusqu'à sentir au plus profond d'elle même que quelque chose n'allait pas. Le temps de repos était fini. Mais elle était si fatiguée... Elle aurait pu rester comme cela des jours entiers, à dormir près de lui, le veillant. Son réveil se fit progressivement, et elle finit par lâcher le drap qu'elle avait continué à tenir fermement entre ses doigts. Elle passa sa main sur son visage pour se frotter doucement les yeux. Elle ne savait pas encore ce qui l'avait réveillée, mais elle avait le pressentiment qu'elle devait absolument sortir de sa torpeur. Elle ouvrit finalement les yeux, et la première image qu'elle vit fut celle de Liam, la main tendue vers elle . Cela eut l'effet d'un électrochoc, et elle finit se réveiller en une seconde. Elle se redressa vivement, reculant sa chaise du lit par la même occasion. Elle ne pensait pas s'endormir réellement, et elle avait prévu d'être partie avant son réveil, ne voulant pas lui imposer sa présence.

- Oh ! Tu... Tu es réveillé ! Au soulagement qu'elle ressentait se mêlait une certaine appréhension. Elle n'avait rien à faire ici, rien du tout. Elle allait devoir partir au plus vite.

Elle ne savait pas du tout quoi faire lorsqu'elle vit qu'il essayait de se lever, mais elle n'eut même pas le temps de l'en empêcher qu'une violente quinte de toux l'avait pris. Emy était complètement désemparée, ne sachant absolument pas ce qu'il fallait faire dans ce genre de situation. Elle n'allait tout de même pas lui tapoter maladroitement le dos ? La panique traversa ses yeux, et elle s'apprêtait à se lever lorsqu'il prit la parole. Est-ce que... tout le monde... en vie ? Emy tenta de prendre un air le plus rassurant possible. Elle ne savait pas vraiment dans quel état se trouvaient les autres rebelles, ils y avaient probablement des blessés, mais pas de morts, elle le savait. S'il y en avait eu, Bessy serait venue la chercher pour l'aider. Elle voyait sa main posée sur ses blessures, et son estomac se resserra. Mais elle savait qu'elle ne pouvait plus se permettre les débordements d'inquiétude, désormais. Elle garda du mieux qu'elle put son air rassurant et secoua la tête lentement.

- Il n'y a pas eu de morts. Elle marqua un petit silence, hésitante à prononcer la phrase qui lui brûlait les lèvres. Tu leur as sauvé la vie, d'après ce qu'on m'a raconté. Elle faisait de son mieux pour ne pas laisser paraitre son trouble, et y parvenait plutôt bien. Cependant, on pouvait sentir qu'elle gardait une certaine réserve. Elle gardait dans son esprit la pensée sombre que s'il avait sauvé des vies, il avait mis la sienne en danger, ce soir. Elle ne supportait pas cette idée. Mais qui était elle pour lui reprocher, désormais ?

J'ai soif... S'il te plaît... Surprise, Emy, qui s'était une fois de plus perdue dans ses pensées, eut un petit sursaut, avant de se lever d'un coup de sa chaise.
- Oui, oui bien sûr !

A quoi pensait elle ? Elle avait déjà soigné plusieurs dizaines de malades, elle aurait pu se douter de ce qu'elle aurait à faire à son réveil. Mais ce n'était vraiment pas facile, surtout maintenant qu'elle ne savait plus comment agir. Elle se tourna pour saisir un verre et une cruche d'eau claire, qu'elle versa délicatement dans le récipient. Elle fit ensuite face à Liam, et fut de nouveau saisie par l'appréhension. Ca allait bien se passer, elle avait déjà fait ces gestes des dizaines de fois, alors pourquoi la boule nerveuse qui avait élu domicile dans son estomac ne se décidait pas à partir ? Elle décala la chaise pour se mettre à la hauteur de sa tête, puis déglutit. Doucement, elle se pencha vers lui, sa robe toujours tâchée à de nombreux endroits par son sang. Essayant de ne pas lui faire mal, elle releva doucement sa tête pour le faire boire. Elle essayait de toutes ses forces de ne pas penser. De ne pas s'en vouloir lorsque Bessy lui avait proposé de prendre sa relève. Il lui avait dit tout ce qu'elle pensait d'elle, elle ne pouvait pas s'obstiner à rester ainsi près de lui. Elle devait garder ses distances, elle le savait, mais ce n'était pas si facile.

Lorsqu'il eut fini de boire, elle reposa tout aussi doucement sa tête sur l'oreiller et se retourna à nouveau pour poser le verre sur la petite table de soin. Lorsqu'elle fut ainsi de dos, elle ne put empêcher un petit soupir de s'échapper d'entre ses lèvres. Et maintenant ? Que devait elle faire ? Elle lui fit finalement de nouveau face, et son regard se posa sur son ventre parsemé de blessures. Les bandages commençaient à devenir rouge sang. Elle écarquilla les yeux, de nouveau complètement paniquée intérieurement. Bien sûr, c'était à cause de la toux. Instinctivement, elle saisit les bandages propres posés sur la table et commença à s'approcher de lui.

- Tu recommences à saigner, il faut changer ces bandes, sinon ça va empirer... Mais elle se stoppa d'un coup, ses mains à mi chemin entre le ventre de Liam et son propre corps. Non, elle ne pouvait pas faire cela. Elle replia ses bras vivement, tenant toujours les rouleaux. Heu non, je vais appeler Bessy, c'est elle qui devrait s'occuper de toi. Et elle se retourna à nouveau, reposant les bandes. Elle avait l'impression d'être hyperactive, c'était frustrant. Elle continuait de marmonner, les mains tremblantes. Oui, elle se repose mais je devrais trouver son compartiment, ou alors je demanderai à quelqu'un... Ses doigts tremblaient tellement qu'elle faisait bouger le plateau de fer, sur lesquels étaient posés les instruments de soin, ce qui provoqua un petit bruit mécanique continu.

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Liam O'LoughlinRebels' leader
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MessageSujet: Re: Suffering is the true cement of love & L. O'Loughlin Dim 16 Oct - 2:35




Les yeux rivés sur son visage, Emy ne pouvait pas rater le fait qu'il souffrait énormément. Elle avait vu ses blessures, elles étaient nombreuses et certaines étaient bien plus graves que d'autres. Elle avait vu sa chair transpercée de toutes parts, son sang qui n'avait cessé de s'écouler pendant des heures, le donnant un teint de plus en plus blanc. Lorsqu'elle avait du aider Bessy a le soigner, elle avait réellement cru qu'il allait mourir sous ses yeux, et sans qu'elle puisse rien y faire. Elle aurait tellement avoir pu trouver un vrai médecin, qui l'aurait bien mieux soigné que ce qu'elles avaient fait. Elle ne critiquait pas le travail de l'infirmière, mais elle était réaliste, il ne serait jamais aussi bon qu'un vrai docteur. Il sembla à Emy que ce qu'elle lui avait dit l'avait rassuré, mais le regard qu'il eut la glaça presque. Elle n'aimait pas cette lueur froide dans ses yeux, cela fit remonter en elle des sensations qu'elle essayait tant bien que mal d'occulter depuis quelques jours.
Il n'y en aurait pas eu... besoin... si je ne les avais pas... risquées... à l'origine. Emy serra discrètement ses doigts sur le drap, une nouvelle fois. Chaque fois qu'elle avait essayé de parler aux rebelles de leurs agissements, d'en savoir un peu plus ou de tenter de donner son avis, elle s'était faite envoyer sur les roses. Il était déjà rare que quelqu'un l'écoute vraiment quand elle parle, ce qui la rendait folle, mais lorsqu'on lui répondait, ce n'était jamais amicalement, surtout quand elle commençait à réellement s'intéresser à toute cette histoire. C'est pourquoi elle haussa doucement les épaules et se contenta de répondre d'une voix neutre.

- Je ne sais pas. Cela ne me regarde pas. Mais elle fut choquée de lui avoir prononcée cette phrase, à lui. Elle lui avait toujours clairement exprimé ce qu'elle ressentait, avant. Pouvait elle encore le faire ? Elle ne savait pas trop. Mais cela semblait trop faux, de ne pas agir comme elle le faisait toujours, avec pratiquement tout le monde. Lorsqu'elle s'adressait aux rebelles, elle avait pris l'habitude de rester sur ses gardes. Depuis deux semaines, elle avait déjà subi plusieurs lynchages publics après avoir un peu trop donner son opinion, alors maintenant elle faisait bien attention à tout. On a beau avoir un mental d'acier, la pression psychologique exercée par les autres arrive souvent à brider complètement quelqu'un. Mais là... Elle sentait qu'elle ne pourrait pas se taire. Tant pis pour ses bonnes résolutions, tant pis de ce qu'il allait penser. Et s'il lui passait encore un savon, et bien, tant pis ! Le regard baissé sur ses propres mains qu'elle triturait, sa voix baissa d'un ton et prit une note étrange. Pas vraiment du reproche, pas vraiment de l'inquiétude. Un mélange particulier des deux. Mais tu devrais faire attention à ta propre vie... Elle pensait aussi aux rebelles, bien sûr, elle n'était pas un monstre, mais eux, ils n'étaient pas dans le même état que lui. Ils ne s'en étaient sortis qu'avec des blessures superficielles, ils ne s'étaient pas pratiquement vidés de leur sang. Le ventre d'Emy se tordit à cette pensée et elle toussota, comme pour faire passer ces sentiments qui s'étaient emparés d'elle.

Et puis, elle avait vu à nouveau tout ce sang se répandre sur le corps mutilé de Liam. son estomac s'était retourné, pas tant à la vue du sang, mais à la pensée que c'était le sien. Elle ne sut pas pourquoi, mais à cette vue, toutes ses fautes lui remontèrent d'un coup en mémoire, et elle s'en voulut profondément, pour ces blessures qu'elle n'avait pas causées. C'était incontrôlable et violent, elle recommença à s'en vouloir à un point terrible, la culpabilité la rongeant de nouveau de l'intérieur. Il lui arrivait d'avoir des pics de culpabilité intenses depuis des jours, dès qu'une pensées impliquant Liam et la notion de douleur traversait son esprit. Elle se flagellait alors mentalement pendant des heures, en silence. Il lui avait dit que c'était fini... Mais il ne se rendait pas compte de ce qu'il avait provoquée en elle, de la remise en question perpétuelle qu'il avait insufflée en elle. C'était en partie pour cela que ses mains tremblaient, lorsqu'elle lui fit dos et qu'elle reposait les bandes sur le plateau de fer.

Non... Emy se figea d'un coup, lorsqu'elle entendit sa voix faible, et arrêta ses marmonnements incessants au sujet de trouver Bessy - ou n'importe qui, d'ailleurs, elle voulait juste ne pas s'imposer plus longtemps, surtout dans une situation comme celle-ci. Elle posa ses deux mains sur le rebord de la table, prenant appui dessus, et ne sachant absolument pas quoi faire, en réalité. Elle voulut protester, et commencer à avancer tout en lui disant qu'elle allait quand même chercher Bessy, mais elle se rendit alors compte qu'il avait attrapé sa robe, et qu'il la retenait. Tout son corps se crispa immédiatement. Elle se retourna alors vers lui pour le regarder, une lueur inexplicable dans les yeux. Si elle t'a laissée seule... c'est qu'elle te fait conf... confiance. Elle sait que tu peux... tu peux y arriver. Les lèvres d'Emy tremblèrent légèrement. Mais elle, elle savait qu'elle ne pouvait pas y arriver ! Comment allait elle faire ? Elle n'en avait aucune idée, aucune ! Elle le regardait, et voyait combien il souffrait. Ses bandages étaient complètement imbibés de sang, maintenant. Elle avait beau ne pas être médecin, elle savait qu'elle n'avait pas beaucoup de temps. Ses yeux passèrent du ventre de Liam à son visage, sur lequel elle vit se dessiner un sourire, si petit qu'elle ne l'aurait pas remarqué si elle ne faisait pas tellement attention à chaque mouvement qu'il pouvait effectuer. Et moi... je sais... que tu n'es pas une mauviette. Emy soupira, ne relevant pas ce qu'il venait de dire, pas le temps. Elle s'essuya le front de son avant-bras, ses mains étant tâchées de sang et reprit finalement les bandages entre ses doigts.

- D'accord. Mais au moindre problème je vais chercher Bessy ! Sa voix était sans appel. Elle n'était pas infirmière ni rien du tout, quand même !

Ses tremblements s'étaient calmés, et elle se fit violence pour oublier sa culpabilité quelques minutes. Elle devait rester concentrée, et le savait. Elle s'approcha de Liam pour lui remettre un linge humide sur le front, essayant de faire tomber sa fièvre. Elle le regarda une dernière fois, et ne put empêcher une lueur douloureuse de traverser son regard. Elle inspira discrètement, puis commença à enlever les bandages ensanglantés, maladroitement mais avec une certaine douceur tout de même. Les plaies que l'infirmière avait tant bien que mal refermées s'étaient rouvertes. Emy pinça les lèvres et, sans un mot, commença à appliquer l'onguent désinfectant qu'elle avait à disposition, puis à tout rebander. Elle savait que le temps pressait et faisait de son mieux pour être rapide et efficace. Elle était si concentrée qu'une perle de sueur glissa le long de son front. Elle répéta l'opération, blessure après blessure, jusqu'à atteindre la plus importante. Sur ses mains coulait le sang de Liam, dans tous les sens du terme d'ailleurs, et elle faisait de son mieux pour ne pas y penser. Elle débanda donc l'énorme plaie qui traversait son ventre, et les tremblements la reprirent. Sa main gauche, celle qui appliqué l'onguent, eut soudain un mouvement brusque, et elle eut un petit sursaut. Elle plia et replia ses doigts plusieurs fois, et se remit à parler, l'inquiétude dans sa voix, sans pour autant le regarder. Elle se pinça les lèvres, et fronça les sourcils.

- Je suis désolée si je te fais mal... Et cela s'entendait sincèrement dans sa voix. Si elle s'était écoutée, elle se serait excusée après chaque geste maladroit qu'elle faisait, et ils étaient nombreux.

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Liam O'LoughlinRebels' leader
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MessageSujet: Re: Suffering is the true cement of love & L. O'Loughlin Dim 16 Oct - 19:31



Ça nous regarde tous... un peu... On a pas vraiment le choix. Ça te regarde plus que tu ne le... voudrais. Surtout maintenant... Maintenant que tu es là. Toujours debout devant le lit, les yeux résolument fixés sur ses mains, Emy n'avait rien répondu. Elle savait depuis le moment où elle avait ouvert les yeux dans sa cellule qu'elle s'était retrouvée dans un beau pétrin, chose qu'elle n'avait jamais demandée. Liam venait d'appuyer sur un point sensible. Cela faisait plusieurs jours qu'elle se demandait ce qu'il adviendrait d'elle, si le repère venait à être trouvé. Serait elle considérée comme une traitresse ? Ou bien reconnaitrait-on le fait qu'elle avait été emmenée ici contre son gré . Et elle, que voulait elle, finalement ? Elle ne savait pas bien. Elle savait qu'elle aurait un jour à faire un choix, les rebelles ou sa famille. Ce choix qui revenait sans cesse vers elle. Celui entre ses deux personnalités. Emy ou Emily. Elle ne savait pas, réellement pas. Dans son coeur, elle appartenait aux gens modestes, c'était dans ce milieu là qu'elle avait été élevée. Mais maintenant... Si elle restait ici, pour quelle raison serait-ce ? Elle était concernée par les problèmes que pouvaient avoir les rebelles et leur famille, vraiment concernée, mais elle ne parvenait pas encore à se faire une place dans tout cela, à vouloir participer activement à leur combat. Pour l'instant, elle désirait simplement aider ceux qui en avait besoin. C'était pour cela qu'elle préférait être à l'infirmerie qu'en cuisine, pour pouvoir aider. L'espace d'une seconde, son regard se détacha de ses mains pour aller se poser sur son visage, et elle vit qu'il était désolé. Il n'exprimait pas ce genre de sentiments lors de leur dispute dans sa cellule, et cela lui fit en quelque sorte plaisir, mais elle ne comprit pas exactement pourquoi.

Alors qu'elle soignait de nouveau ses blessures, Emy essayait de se remémorer les geste que Bessy lui avait appris, au fil des jours. Elle était tellement concentrée que sa panique redescendait progressivement, et elle devenait de plus en plus appliquée. Elle en oubliait même le fait qu'elle ne supportait pas vraiment la vue du sang, habituellement. Elle savait que chaque minute comptait, et qu'il fallait qu'elle soit bien plus rapide que cela. Mais alors qu'elle réfléchissait à ce qu'elle faire ou non, elle fut subitement sortie de ses pensée. Tu m'as gardé en vie. Elle se mordit les lèvres et leva à peine les yeux pour voir qu'il regardait les tâches de sang qui parsemaient son corps. Elle rebaissa bien vite le regard sur les blessures, et essaya de prendre un air le plus détaché possible, mais il n'était pas vraiment convainquant.

- Oui. Enfin... C'est ce que je suis supposée faire quand je suis ici, à l'infirmerie. Sa phrase l'avait directement ramenée à ce qu'il lui avait dit quelques semaines plus tôt, et qui l'avait tant déstabilisée à cette époque, où elle ne connaissait pas encore la réelle nature de ses sentiments à son égard. Elle avait essayé de donner un air banal au fait qu'elle ait participé à ses soins pour ne pas qu'il se rende compte d'à quel point elle s'y était investie. Il fallait que cela reste normal, qu'il le prenne comme si elle avait soigné n'importe quel malade. Elle sentait que c'était important, pour ne pas qu'il comprenne qu'elle n'avait absolument pas évolué dans ses sentiments, elle, et qu'elle désespérait en retrait.

Au vu de ses réactions, Emy constata qu'il souffrait toujours, et elle pinça les lèvres à cette pensée, essayant de faire mieux, et d'être la plus douce possible, mais ses mains tremblantes n'étaient pas d'une grande aide. Elle souffla discrètement pour reprendre contenance et s'apprêta à reprendre l'opération lorsqu'elle fut subitement déconcentrée par un cri poussé de l'autre côté de la pièce. Bien sûr que tu lui fais mal ! C'est alors que, sans rien comprendre, elle se retrouva bousculée plus loin, les mains vides. Emy, surprise par cette intervention soudaine, regarda la jeune fille qui venait de faire irruption dans la salle. Elle semblait être plus jeune qu'elle, et quelque chose dans son attitude - en dehors du fait qu'elle n'avait aucune manière - ne lui revenait pas du tout. Complètement hébétée par cette soudaine apparition, Emy était restait silencieuse, les mains toujours ouvertes comme si elle tenait encore ses instruments. Elle fronça les sourcils, et son souffle se fit plus rauque. De nouveau, la colère commençait à monter. Elle rendit cordialement le regard que Beth lui lança. Il faut y aller en douceur... En la voyant caresser les cheveux de Liam, le sang d'Emy ne fit qu'un tour dans ses veines. Mais ça ne veut pas dire qu'il faut être molle comme toi ! Cette petite peste allait voir ce qu'elle allait voir ! Elle la vit donc continuer à soigne Liam, qui avait apparemment toujours aussi mal. Emy croisa les bras, un air moqueur sur le visage.

- Mais au moins, je ne suis pas un bourrin... Sous son bras croisé, le poing d'Emy se serra. Si elle n'avait pas décidé d'adopter une attitude de réserve, elle se serait déjà jetée sur Beth depuis bien longtemps. Mais elle s'était vite rendu compte que son impulsivité n'allait pas l'aider, dans les catacombes, et qu'elle devait faire un effort pour se maitriser, au moins un minimum.

Emy observait Beth, son regard lançant des éclairs - ce qu'elle ne pouvait pas voir puisqu'elle lui faisait dos - et elle crut reconnaitre en elle l'attitude de quelqu'un qu'elle connaissait... Mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus pour le moment. J'ai croisé Bessy, et elle m'a dit que tu étais dans un sale état, mais que pour le moment, la prisonnière s'occupait de toi. Sauf que j'ai eu peur qu'elle en profite pour essayer de te faire du mal. On ne peut pas lui faire confiance. Cette fois ci, c'en était beaucoup trop pour Emy. Depuis des jours et des jours, elle restait résolument gentille, compréhensive. Elle avait complètement bridé sa sauvagerie naturelle pour se fondre dans le moule, ne pas faire d'histoires. Mais là, ça ne passerait pas. Comment cette inconnue pouvait penser qu'elle allait lui faire du mal ?! Aveuglée par la colère qui refaisait surface d'un coup sec, elle ne repensait même plus à toute la culpabilité qu'elle éprouvait par rapport à lui, la seule chose présente à son esprit sur l'instant, c'était qu'elle n'allait surement pas se laisser traiter comme ça ! Fini, la gentille Emy qui acceptait tout ce qu'on lui balançait tout ça parce qu'elle était "l'ennemie", et qu'on pouvait tout lui dire ! Elle ne s'était jamais laissé marcher sur les pieds de sa vie, et elle n'allait pas laisser cela arriver maintenant ! Evidemment, elle était profondément jalouse qu'une autre s'occupe de lui. En temps normal, elle aurait pu le supporter. Elle n'aurait rien dit, serait restée dans son coin. Mais l'attitude de Beth eut raison de ses bonnes résolutions. Elle fit un pas en avant, pointant du doigt Beth qui couvait toujours Liam d'un regard ridicule.

- Ecoute moi bien, espèce de petite garce... Mais elle n'eut pas le temps de s'occuper de son cas, car il se remit à parler, difficilement. S'il y a bien une personne... que je ne crains pas... qu'elle puisse me faire du mal... c'est Emy, Beth. Emy se stoppa net dans son élan de fureur, le doigt toujours tendu. Ses sourcils se froncèrent, et elle tourna la tête vers Liam, interloquée. Bizarrement, l'entendre prononcer son prénom ne l'avait pas poignardée cette fois ci, contrairement à toutes les autres. Au contraire c'était... presque plaisant. On s'en est déjà trop... fait... pour qu'elle veuille... aller plus loin. Emy se mordit les lèvres, et la culpabilité revint en elle aussi vite qu'elle était partie. Lorsqu'il planta les yeux dans les siens, elle ne bougea pas, tout comme Beth qui semblait pétrifiée, désormais. C'est pour ça... qu'entre tous... c'est à elle que je fais le plus confiance. Les pupilles d'Emy se dilatèrent en même temps que ses yeux s'agrandirent. Une sensation de chaleur pénétra son corps, en même temps qu'il se glaçait lorsqu'elle vit le regard de Liam. Ce n'était plus le même qu'avant, il n'exprimait plus de haine et pourtant... Pourtant il demeurait résolument froid. Cela lui faisait mal. Mais en même temps, ce qu'il disait lui plaisait. Alors... Alors où était la logique dans tout ça ? Pourquoi lui faisait il confiance, à elle, alors qu'elle lui avait fait tant de mal ? Alors qu'il avait surement des bras droits dans sa direction du camp de rebelles ? Elle ne comprenait pas. Absolument pas. Pourtant, son air interrogateur fut remplacé petit à petit par un air doux, protecteur. Elle ne pouvait pas masquer éternellement ses émotions. Lentement, un petit sourire se dessina sur son visage. Alors même qu'il l'avait mise au fond du trou, il arrivait quand même à lui donner l'impression qu'elle sortait la tête de l'eau. Cette situation paradoxale était dérangeante et plaisante à la fois. Elle ne répondit rien, son expression s'en était chargée seule, et reprit son air furieux, en tournant la tête vers Beth, s'approchant d'elle.

- Tu l'as entendu, ma petite. Cette gamine... Emy sentait qu'elle allait lui donner du fil à retordre dans l'avenir. Et pas que par rapport à Liam. Elle lui reprit le nécessaire pour le soigner des mains sèchement. Maintenant, laisse moi faire, si tu veux vraiment qu'il aille mieux ! Emy se sentait revivre d'agir enfin comme elle l'avait toujours fait. Arrêter de faire marcher sur les pieds. Cela lui faisait du bien. Un peu comme une pause dans sa détresse permanente.

Beth lui jeta un regard mauvais, et reporta à nouveau son attention vers Liam.
- Mais Liam... Elle pourrait vraiment tenter quelque chose ! Je l'ai bien regardée, tu sais, elle est suspecte, avec son regard dans le vide tout le temps... Emy ouvrit la bouche, indignée, et regarda Beth sans rien dire, trop estomaquée pour se défendre. Parce qu'en plus elle l'espionnait ?! Son ton mielleux, son inquiétude démesurée devant lui... Tout cela révulsait Emy. Elle pinça les lèvres, énervée, pour retourner la tête et se concentrer à nouveau sur les blessures. A côté d'elle, Beth n'arrêtait pas.

- Comment va-t-on faire, si elle te soigne mal, et qu'il t'arrive quelque chose ? Ca ne peut pas arriver ! Beth posa sa main sur celle de Liam, le regard tout aussi mielleux que sa voix. Nous ne pourrions rien faire sans toi...

Cette façon de s'exprimer, cette lueur de béatitude sur le visage...
- Rose. Le prénom avait été prononcé dans un souffle, presque trop bas pour l'entendre. Emy avait arrêté de soigner Liam pour tourner la tête vers Beth. Mais oui, voilà à qui elle la faisait penser ! Elle aurait du s'en rendre compte immédiatement. Elle avait exactement la même attitude que Rose avait à Meryton. Tout prenait sens dans son esprit, désormais. Sans même s'en rendre compte, elle se mit à pouffer en silence, le regard baissé. Elle avait devant elle une version de Rose, mais à Bath. A côté d'elle, Beth s'échauffait.

- Regarde la ! Elle se moque de notre cause, elle se moque complètement que tu ailles bien ou non ! A nouveau, Emy sentit se tendre, mais maintenant qu'elle avait repris son rôle d'infirmière, elle ne pouvait pas exploser. Surtout, elle ne voulait pas montrer à Liam qu'elle avait été jalouse, quelques minutes auparavant, de cette furie. Tu ne peux pas laisser passer ça, Liam, tu ne peux pas la laisser dénigrer ce que nous faisons !

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MessageSujet: Re: Suffering is the true cement of love & L. O'Loughlin Lun 17 Oct - 1:21



- Oui, bien sûr... Tu t'en sors bien... Je suppose. Concentrée sur ce qu'elle faisait, Emy n'avait pas répondu, hochant seulement la tête. Elle avait perçu quelque chose d'étrange dans la voix de Liam, quelque chose de plus que la réserve dont il faisait maintenant preuve face à elle. Cependant, elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Autrefois, elle arrivait toujours à comprendre son attitude, ses expressions. Ce temps était révolu, désormais. Elle ne le comprenait plus du tout, et il était devenu un mystère pour elle. Cette évidence la dérangeait, bien sûr, mais qu'y pouvait elle ? Elle avait provoqué tout cela, après tout. Elle n'avait plus qu'à se blâmer pour toutes ces nouvelles choses qui ne lui plaisaient pas.

Emy était furieuse intérieurement qu'une enfant la traite de cette façon. Elle pouvait comprendre que les ainés la considèrent comme une moins que rien, même si cela ne lui faisait pas foncièrement plaisir, que certains à peine plus âgés qu'elle fasse de même passer encore. Mais elle ? Elle devait avoir tout au plus dix huit ans, elle n'allait pas se laisser marcher sur les pieds par une gamine, ça non ! Emy aurait préféré qu'il n'intervienne pas, Beth aurait compris à qui elle se frottait, et elle ne l'aurait surement plus fait. Elle ne décolérait pas, et c'est alors qu'elle vit le sourire moqueur se dessiner sur les lèvres de Liam. Ah, mais pourquoi est-ce que tu t'obstines à regarder le vide, aussi ? Dans un premier temps, l'espace d'une seconde, Emy prit la pique pour elle. Elle était toujours à fleur de peau sur ce sujet là, et restait tout de même méfiante, elle ne savait pas s'il n'allait pas subitement décider de reprendre son attitude haineuse à son égard, après tout. Mais l'air furieux de Beth la rassura, et elle saisit l'ironie du ton qu'il avait employé. Elle eut alors un sourire moqueur à son tour, et haussa les épaules.

- C'est vrai, j'aurais du me douter que ça pouvait paraitre suspect, pour les esprits paranoïaques. En elle, son estomac s'était serré. Beth venait de dire quelque chose qu'elle n'aurait jamais du prononcer. Elle ne voulait pas que les autres se rendent compte de son état mental, mais heureusement il n'avait pas semblé saisir le sens caché de ce que Beth venait de dire, surement sans s'en rendre compte. Beth devint encore plus furieuse à la réponse d'Emy, et son teint devenait franchement violacé. Emy lui jeta un regard moqueur, avant de se rabattre sur les plaies de Liam, qui étaient tout de même sa mission première.

Et alors qu'elle reposait ses yeux sur son corps meurtri, elle vit que Liam serra les doigts de Beth. Elle fronça discrètement les sourcils. Ça n'arrivera pas... Ça va bien se passer, Beth. Vous n'êtes pas encore débarrassés de moi. Il prenait tout de même un soin particulier à la rassurer... Emy en fut interloquée, et son froncement de sourcils ne fit que s'accentuer, alors qu'elle continuait à essayer de stopper le saignement. Mais même si elle ne disait rien, elle sentait une bête incontrôlable se réveiller lentement en elle. Elle empruntait un chemin dangereux. Et alors qu'elle riait toujours en pensant aux similitudes entre Rose et Beth, elle vit que cette fois, en plus de lui avoir pris la main, Liam esquissait des caresses sur celle ci. Elle dut se mordre la langue pour s'empêcher de marmonner, l'un de ses tics les plus négatifs. Ce simple geste avait eu le mérite de la faire arrêter de rire instantanément. Elle bloqua quelques secondes sur leurs mains pratiquement entrelacées, avant d'appliquer l'un des derniers bandages propres. Elle essayait de garder une expression la plus neutre possible, mais cela commençait à devenir vraiment compliqué. Elle continuait d'entendre Beth se plaindre avec ses jérémiades. Si elle n'avait pas eu les mains occupées, elle se serait déjà jetée sur elle depuis un bon moment. Mais elle se freinait intérieurement, combattant toujours l'excessivité dont elle était victime.

Ça suffit. Ah, tout de même, il l'avait fait taire. Il était temps. Emy n'eut pas le temps d'être interpellée par l'autoritarisme dont il faisait preuve désormais. Je ne veux plus entendre une allusion là-dessus. Même venant de toi. Même d'elle ? Qu'est ce que cela signifiait ? Emy lança de nouveau un regard à leurs mains et elle se mordit les lèvres discrètement. Son regard était tout sauf doux, désormais. La bête en elle venait de se réveiller et elle ne put empêcher un grognement de sortir d'entre ses lèvres. Trop, c'était trop ! Elle finit ses bandages, posa le surplus de bandes sur la table et se saisit de la petite bassine d'eau et d'un linge propre. Elle fit alors le tour de lit, et bouscula alors Beth sur son passage, les forçant par la même occasion à se lâcher. Elle la regarda froidement, alors que celle ci gardait son air furieux.

- T'es sur mon chemin. Elle était trop, beaucoup trop énervée. A tel point qu'elle en oubliait ses bonnes manières, et sa façon habituelle de parler. Elle était devenue un peu plus brut de décoffrage en quelques secondes.

Elle s'approcha donc de la tête de Liam et trempa le linge dans la bassine. Elle lui appliqua ensuite sur le front, dans un geste vif. Elle avait perdu la douceur de ses gestes, désormais. Cette situation ne lui plaisait pas. Pas du tout ! Le regard fixé sur le linge, qu'elle passa plusieurs fois sur son front pour enlever la sueur, elle avait toujours l'image mentale de leurs mains. Son regard était dur, énervé, mais ce n'était plus comme avant. Elle avait la mâchoire crispée. Elle finit par laisser le linge sur son front, et repartir de l'autre côté du lit, bousculant encore Beth au passage, qui se trouvait une fois de plus sur son passage. Elle lui lança un regard rapide puis reporta ses yeux sur Liam.

- Les saignements se sont arrêtés. Maintenant, tu devrais éviter de bouger, pour que ça ne recommence pas. Elle s'essuya les mains sur une serviette. Je ne pense pas que le fait que tu aies des visites soit une bonne chose, à moins que tu ne veuilles que ton... Elle lança de nouveau un regard à Beth. ... amie reste avec toi. Elle ne se reconnaissait pas dans cette attitude. Elle n'était même pas énervée contre Liam mais plutôt contre elle même. Elle avait l'impression d'être un chien qui voulait protéger son morceau de viande.

De l'autre côté, Beth sautilla, et regarda de nouveau Liam avec ses yeux débordant d'affection.

- Oh oui, Liam, laisse moi rester avec toi !

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MessageSujet: Re: Suffering is the true cement of love & L. O'Loughlin Lun 17 Oct - 23:12



Les réactions dont Emy faisaient preuve étaient mauvaises, et elle en avait parfaitement conscience. Elle savait qu'elle n'avait pas à se transformer en furie ainsi. Qu'est ce qui lui en donnait le droit ? Rien du tout ! Autrefois, elle aurait pu laisser cours à ses excès de colère, cela aurait été presque normal. Mais maintenant... Elle ne pouvait plus laisser éclater ses émotions si distinctement. Pire, elle ne pouvait même pas ressentir de la jalousie. Car c'était cela : de la pure jalousie. Elle n'avait pas supporté de voir qu'ils se tenaient la main, qu'il la rassurait, et qu'elle bavait d'admiration tel un crapaud devant lui. Même si toutes ces choses l'atteignaient, elle devait les occulter, du mieux qu'il pouvait. En réalité, elle n'arrivait pas à se faire à l'idée qu'il ne l'aimait plus. Et pourtant, ses mots étaient gravés dans son esprit. Elle revoyait son regard glacial lorsqu'il les lui avait dits, et combien il pensait chaque syllabe de cette phrase qui l'avait enterrée. Peut être plus que les autres. Évidemment, les révélations qu'il lui avait faites dans la réserve l'avaient faite souffrir, à un point difficilement imaginable, d'ailleurs, mais elle essayait de s'en remettre du mieux qu'elle pouvait, jour après jour. La douleur finirait par partir, non ? Ou alors, elle s'y habituerait, et ce serait moins dur d'apprendre à vivre avec elle. Mais l'idée qu'il ne l'aimait plus... C'est insurmontable. Cela mettait en jeu tellement d'éléments ! Sa culpabilité s'en trouvait augmentée. Et le pire dans tout cela, c'était qu'elle était la seule à blâmer. Elle ne pouvait pas lui en vouloir de ne plus l'aimer, après tout. Ces choses ne se contrôlent pas, non ?

Alors, voilà pourquoi son attitude avait subitement changé du tout au tout. Voilà pourquoi elle avait laissé ressortir, une fois encore, une des pires parties d'elle même. Elle crevait de jalousie. Tellement que son regard était recouvert d'un voile rouge, qui lui empêchait de réfléchir convenablement. Tellement qu'elle ne faisait pas attention à ses gestes, et qu'elle était devenue brusque alors qu'elle devait le soigner. Tu es déchaînée. La mâchoire d'Emy se contracta très clairement. Évidemment qu'il l'avait vu, elle savait qu'elle n'avait pas joué dans la discrétion, ces dernières minutes. Mais elle avait l'impression que son sang bouillait dans chacune de ses veines, et que tout son corps ne demandait qu'à exploser. Ce sentiment n'était pas tout frais, elle le ressentait depuis quelques jours, déjà. Mais Beth avait représenté la goutte d'eau qui avait fait débordé le vase. Elle avait ouvert les vannes du côté sauvage d'Emy, endormi depuis si longtemps sciemment. Elle savait qu'elle parviendrait à le calmer lorsque ses nerfs seraient moins mis à rude épreuve. Mais elle savait aussi qu'à partir de maintenant à la moindre grosse contrariété, il allait repointer le bout de son nez. Comme avant..., pensa-t-elle. Elle était en train de redevenir, d'une certaine façon, la Emy d'avant. Et elle ne savait pas vraiment si c'était une bonne chose ou non.

Oh oui, Liam, laisse moi rester avec toi ! Plus les minutes passaient, plus Emy ressentait en elle le besoin d'étriper cette fille. Elle était si... niaise ! A presque sautiller sur place. Une enfant, elle agissait comme une enfant. C'était tout bonnement ridicule. Et sa fâcheuse tendance à tirer des conclusions hâtives ne l'aidait pas à être plus tolérante envers Beth, qui avait surement du vivre des choses noires, pour se retrouver ici. En son for intérieur, Emy sentait qu'elle allait rester là, à la provoquer encore et encore, jusqu'à ce qu'elle explose pour de bon. Tout cela ne tenait qu'à la réponse de Liam, après tout. Emy, les bras désormais croisés, regardait ailleurs, comme si elle ne voulait pas se mêler de quelque chose qui, après tout, ne la concernait pas. Elle n'était que l'infirmière, elle n'avait pas à se mêler.
Et qu'est-ce que tu fais de Jim ? Il ne va pas rester tout seul...
- Il pourrait ven...
- Non.

Intriguée, elle leva un sourcil, le regard toujours posé sur un quelconque endroit de la petite salle. Tu sais bien qu'il ne peut pas venir ici. Je ne veux pas qu'il me voie comme ça. Au delà de l'étonnement du au fait qu'il ne la laisse pas rester, Emy commença à se demander qui était ce Jim, auquel Liam devait tenir. Elle secoua doucement la tête. Non, ce n'était pas le moment pour commencer à s'intéresser à cela. Elle devait rester éloignée.
- Ça va aller, Beth. Je vais dormir, de toute façon... Tu peux partir tranquille.
- Je reviendrai te voir plus tard


- Ca, je n'en doute pas... Emy n'avait pas pu s'empêcher de marmonner dans son coin dans un murmure destiné plus à elle même qu'aux autres. Elle se pinça à nouveau les lèvres et se mordit la langue. Stupide habitude de marmonner. Emy poussa un soupir d'exaspération en voyant Beth remonter le drap. Ce n'était pas bientôt fini ce cinéma ?! Elle dut serrer le poing pour ne pas faire de commentaire sanglant. Elle rendit son regard à Beth, mais avec une telle intensité que celle ci eut un mouvement avant de sortir de la salle.

Emy apprécia le calme ambiant qui suivit sa sortie, même si elle bouillait toujours de l'intérieur. Détestant le silence presque gêné qui s'installa quelques secondes, elle prit la chaise qui était posée à côté du lit de Liam pour la ranger plus loin, dans un coin. Elle avait le sentiment qu'il fallait qu'elle s'occupe. Elle retourna ensuite devant la table, et commença à ranger le matériel de soin, la mâchoire toujours aussi contractée. Il lui fallait toujours quelques instants pour qu'elle se calme, lorsqu'elle était prise d'une colère. Elle repensait à tout ce qu'il venait de se passer, et qui ne lui apparaissait pas comme quelque chose de bon. Et ta présence ici... Est-ce que c'est une bonne chose, Emy ? Ses yeux s'écarquillèrent légèrement, et elle lâcha, sans le faire exprès, les objets qu'elle tenait dans la main, et qui retombèrent sur la table. Elle se mordit l'intérieur des lèvres. Il venait d'appuyer sur un point qui la travaillait depuis des heures entières. Pile les pieds dans le plat. Elle serra et desserra plusieurs fois ses doigts, avant de toussoter, comme pour reprendre contenance. Dans sa tête, elle ne hurlait qu'un seul mot : non.

- Je suis là pour te soigner alors... Alors on peut penser que oui. Cette réponse n'en était pas vraiment une, et elle en avait parfaitement conscience. Mais il l'avait prise au dépourvu, et elle ne savait pas vraiment quoi répondre. Elle avait parfaitement compris le sens profond de sa question, mais il était plus simple de faire passer tout cela sous l'excuse qu'elle ne faisait qu'accomplir son devoir. C'était elle qui avait pratiquement exigé de rester à son chevet. Mais lui, qu'en pensait il ? Voulait il de sa présence ? A nouveau, et sans qu'elle ne contrôle rien, un voile peiné vint recouvrir ses yeux, légèrement visible. Mais si tu préfères que je m'en aille... Je comprendrai. Elle voulait dire beaucoup de choses par cela. Elle qui s'était promis de ne pas lui imposer sa présence, elle avait fait tout le contraire, ces dernières heures. Mais il était dur, vraiment très dur, de rester loin alors qu'elle savait qu'il était dans les parages.

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MessageSujet: Re: Suffering is the true cement of love & L. O'Loughlin Mar 18 Oct - 1:57



Emy n'avait plus conscience de ses moments de faiblesse. Ses remparts avaient été tellement mis à rude épreuve, et affaiblit, ses derniers temps, qu'elle se contrôlait bien moins qu'avant. Elle qui avait toujours réussi à paraitre comme un glaçon ! Et cela lui convenait parfaitement. Elle savait pourquoi elle agissait de la sorte avec les gens. Pour ne pas souffrir. Elle préférait qu'on pense du mal d'elle, qu'on dise qu'elle soit glaciale et désagréable plutôt que de souffrir. Et cette méthode avait fonctionné pendant ses années, pratiquement sa vie entière. Elle avait pris l'habitude d'avoir le contrôle sur tout, c'était tellement plus simple. Mais une fois de plus, son comportement avait été égoïste, comme d'habitude. Comment les gens avaient fait pour la supporter tout ce temps, alors qu'elle n'était qu'une égocentrique ? Elle se posait sincèrement la question. Mais désormais, toute la carapace qu'elle s'était méthodiquement forgée pendant des années se fissurait, de plus en plus chaque jour, elle le sentait. Ce sentiment que la situation lui échappait ne lui plaisait absolument pas, mais quel autre choix avait elle ? Il n'avait pas fait que la détruire elle, il avait également réduit à néant la personne qu'elle pensait être. Désormais, elle ne savait plus qui elle était, réellement. Elle avait passé trop d'années à se conditionner à être une autre personne. Elle se sentait perdue dans son propre corps, et la culpabilité qui la rongeait jour après jour ne l'aidait pas à y voir plus clair. Emy ou Emily ? Aristocrate ou prostituée ? Elle ne savait pas. Peut être devrait elle faire un mélange de tout cela. Mais même ainsi, elle sentait qu'il lui manquerait encore une part d'elle même. Au fond d'elle, elle savait qu'elle n'était pas complète parce qu'elle n'était pas avec lui. Mais ceci n'arriverait plus jamais, elle devait essayer de trouver un substitut, si elle voulait avancer. Plus facile à dire qu'à faire.

Emy avait gardé le regard planté sur la table, mais elle voyait du coin de l'oeil qu'il la regardait. Tout se passait presque bien, jusqu'ici, pourquoi avait il fallu qu'il lui pose cette question ? Pour la torturer ? Elle ne le pensait pas vraiment. Mais le doute planait toujours, après tout, elle aurait compris. Elle l'aurait mérité. Du coin de l'oeil, elle remarqua qu'il la regardait, mais elle n'eut pas envie de tourner les yeux. Il ne pourrait pas l'y obliger, cette fois ci. Elle ne comprenait pas ce à quoi il pensait, ce qui l'avait amené lui demander cela. Il était devenu un grand mystère, et elle savait qu'elle n'aurait jamais les éléments pour le percer, parce qu'ils s'étaient éloignés, parce que, même s'il avait dit qu'il lui faisait confiance, elle savait qu'il ne lui fournirait jamais les éléments nécessaires pour qu'il puisse le comprendre à nouveau. Comprendre qui il était devenu. Parce qu'elle s'était rendu compte depuis la première fois qu'elle l'avait revu qu'il n'était plus le Liam d'autrefois. C'était toujours lui, cependant. Elle avait fini par se rendre compte qu'il n'avait pas été remplacé par un autre homme, qui lui était totalement étranger.

Je veux savoir ce que toi tu penses. Je veux savoir si pour toi... Être ici quand j'y suis aussi est une bonne chose, ou non. Surprise qu'il la coupe dans sa phrase, elle avait gardé les lèvres entrouvertes. Cependant, sa mâchoire se serra à nouveau lorsqu'elle l'entendit. Surprise de cette soudaine déclaration, elle ne répondit rien, et continua de fixer le mur. Elle sentait qu'il allait se remettre à parler. Son estomac se serra, une fois de plus. Pourquoi, pourquoi voulait il savoir cela ? Qu'est ce que ça pouvait bien lui faire ? Ne pouvait il donc pas la laisser en paix, par rapport à cela ? Elle ne lui posait pas des tas de questions sur son état moral, elle ! Un déballage de sentiments était il réellement nécessaire ? Elle ne savait même pas si elle en était capable, de toute façon. Ce n'était pas elle. Elle ne disait pas ce qu'elle pensait. Elle laissait mijoter dans sa tête jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus et qu'elle détruise tout ce qui l'entourait. C'était son mode de fonctionnement, et il le savait pertinemment. Alors pourquoi s'obstinait il ?! Elle n'avait pas envie de parler de cela, pas envie de s'ouvrir. De nouveau, elle sentit la colère montée en elle. Elle n'était pas vraiment dirigée contre lui. Surtout dirigée contre elle même. Comme toujours. Si elle n'avait pas commis toutes ces erreurs par le passé... Ils n'en seraient surement pas là. Elle n'aurait pas à endurer tout cela. Elle n'aurait pas à le regarder se vider de son sang sur un lit. Elle ne se serait pas retrouvée enfermée sous terre probablement pour le reste de sa vie.

Je t'ai évitée pendant deux semaines. Je veux savoir si c'était mieux pour toi à ce moment-là, ou si tu préfères maintenant. Discrètement, Emy serra dans sa main l'un des bandages imbibés de sang qu'elle avait saisi pour les nettoyer. Elle sentait qu'il la regardait toujours, son regard la transperçait de part en part. Je veux savoir si je te fais du mal, en ce moment. Une fois de plus, ce fut la goutte d'eau de trop. Elle se retourna vivement, le regard empli de colère et de tristesse à la fois. Tout son corps s'était tendu, elle pouvait le sentir en elle. Elle resta silencieuse quelques secondes, en proie à un vif dilemme intérieur. Elle ne pouvait pas s'exprimer, elle n'était pas comme cela. Ce n'était pas son genre, elle préférait agir que parler ! Non, elle ne dirait rien, tant pis. Et puis, soudain, deux mots vinrent s'imposer à son esprit. C'est fini. Non ! Elle allait lui dire, après tout. Elle allait faire comme lui avait fait avec elle. Elle allait déballer son sac, et n'avait rien à perdre ! Elle avait déjà tout perdu. D'un coup, elle explosa, tout en gardant un calme déconcertant.

- Non, ce n'est pas une bonne chose ! C'était la réponse que tu voulais entendre ? Je sais que je ne devrais pas être ici. Tu veux savoir si c'était mieux lorsque tu m'évitais ou maintenant ? Je n'en sais rien ! Je ne sais pas ce que je pense ! Elle restait debout, droite devant le lit, ses yeux plantés dans les siens. Je ne supporte pas de ne pas savoir ce que tu fais, et je ne supporte pas quand tu te trouves dans la même pièce que moi. Tu te demandes si tu me fais du mal, en ce moment ? Là aussi, la réponse est oui ! Mais pas seulement en ce moment, Liam ! Tous les jours, minute après minute, je te revois dans cette réserve, j'entends les choses que tu m'as dites. Elles tournent en boucle dans mon esprit, elles me bouffent ! Je sens sous mes doigts le battement de ton pouls, lorsque tu as pris bien soin de me montrer comment tu t'y étais pris, lorsque... Sa voix baissa, et elle ne parvint pas à finir sa phrase. Mais il avait du comprendre, de toute façon. Et tu ne crois pas que te voir dans cet état me fait du mal ? Tu penses que de savoir que tu risques ta vie tous les jours ne m'atteint pas ? Sans qu'elle ne puisse rien contrôler, sa voix s'était brisée, témoignant de l'inquiétude qui l'accompagnait, jour après jour. Mais de toute façon, tout cela ne me regarde pas, n'est ce pas ? Je ne suis qu'une prisonnière ici, je l'ai bien compris. Elle serra la mâchoire une seconde ou deux, et son regard dévia, pour regarder sur le côté. Elle se calma alors, presque instantanément. Après tout ce que tu m'as dit, je me suis promis de rester en retrait. De ne pas imposer ma présence, parce que je sais qu'elle n'est pas voulue. Elle eut un sourire triste, presque nerveux. Et ce n'est pas facile, crois moi ! Mais je vais m'y tenir, parce que c'est la seule chose à faire, n'est ce pas ?

Lui qui voulait savoir ce qu'elle pensait, Emy avait été claire, pour une fois. Et pourtant, elle laissa volontairement des points dans l'obscurité. Se dévoiler un peu l'avait déjà faite souffrir, elle ne voulait pas s'en imposer plus. Elle ne le supporterait pas, elle le savait, comme elle savait que ce petit moment de faiblesse allait la bouffer, lui aussi. Elle s'était exprimée, mais dans quel but ? Ca ne changerait rien à la situation. Elle se sentait profondément frustrée. Elle se rendit alors compte qu'elle s'était carrément arrêtée de respirer, et laissa l'air sortir de ses poumons en feu. La mâchoire toujours serré, toujours avec la même expression dans les yeux, elle lui jeta un regard rapide.

- Tu m'as dit que c'était fini. Mais la grande différence entre toi et moi, c'est que je ne peux pas aller de l'avant.

Emy se demanda, pendant une seconde, s'il allait comprendre ce qu'elle voulait dire par là. Elle regretta d'avoir prononcé cette phrase sitôt qu'elle était sortie d'entre ses lèvres. Elle reprit ensuite son air le plus neutre possible, et recommença à parler, d'une voix égale, sans réelle émotion, et sans le regarder cette fois ci.

- Bessy va revenir, et je dois retourner dans ma cellule. Tu devrais vraiment dormir, sinon tu ne guériras jamais.

Elle se mordit les lèvres, s'en voulant plus que jamais d'avoir craqué de la sorte. Elle avait eu l'impression de ne plus contrôler tout ce qui sortait de sa bouche, comme si elle avait été si comprimée que tout s'était prononcé tout seul, sans qu'elle ait un droit de veto. Sans un regard, elle sortit de la petite pièce pour pénétrer dans la petite infirmerie. Lorsqu'elle ne fut plus en vue, elle s'appuya contre un mur quelques secondes, pour respirer. Que venait elle de faire ? Elle n'était qu'une idiote, une idiote ! Ces instants de faiblesse ne lui ressemblaient pas, ce n'était pas elle ! Ou peut être que si, finalement ? Peut être que la véritable Emy avait besoin d'exprimer ce qu'elle ressentait ? Elle était complètement perdue. Au bout de quelques secondes, elle se remit droite, encore perturbée par ce qui venait de se passer. Elle secoua la tête. Idiote. Finalement, elle alla rejoindre le garde qui l'attendait, au dehors, pour qu'il la raccompagne à sa cellule. Cette cellule qu'elle n'allait probablement jamais quitter.

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Dernière édition par Emily Donovan le Mer 19 Oct - 3:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Suffering is the true cement of love & L. O'Loughlin Mer 19 Oct - 2:39